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Votre personnalitéFaire le point sur sa façon de travailler

Lire un profil · 3ᵉ balise sur 6 · révisé le · 11 min

Les avantages et les inconvénients d’un test de personnalité

Une borne de pierre moussue portant une inscription gravée

Les discussions sur les questionnaires de personnalité tournent vite au procès ou à l’éloge, et les deux camps ont de bons arguments. D’un côté, des équipes qui datent d’un atelier le moment où elles ont cessé de se reprocher mutuellement leur façon de travailler. De l’autre, des organisations où le profil de chacun est devenu une case dont plus personne ne sort, et des candidats écartés sur la foi d’un questionnaire qui n’avait pas été conçu pour cela. Poser la balance à plat, c’est admettre que les deux récits sont vrais, et chercher ce qui fait pencher d’un côté plutôt que de l’autre.

Ce que cela change dans un collectif

Le premier apport est un vocabulaire. Avant, une équipe dispose de mots chargés pour décrire ses frictions : untel est brouillon, un autre est rigide, un troisième ne s’implique pas. Ces mots portent un jugement, et celui qui les reçoit se défend. Après, la même différence peut se dire sans accusation — l’un a besoin de voir la vue d’ensemble avant d’entrer dans le détail, l’autre a besoin du détail pour croire à la vue d’ensemble. Le contenu du désaccord n’a pas bougé ; ce qui a changé, c’est qu’il est devenu discutable.

Le deuxième apport est plus discret et souvent plus durable : la découverte que l’autre ne fait pas exprès. Beaucoup de tensions au travail reposent sur une attribution d’intention. Le collègue qui pose dix questions avant de valider passe pour un obstructeur ; celui qui tranche vite passe pour quelqu’un qui n’écoute pas. Comprendre que ces comportements relèvent d’une façon de fonctionner et non d’une manœuvre désamorce une part notable des rancunes accumulées.

Le troisième apport concerne la répartition du travail. Une équipe qui a mis des mots sur ses différences répartit autrement : qui prépare le cadrage, qui pousse à la décision, qui vérifie avant l’envoi, qui prend soin de ce que les autres ne voient pas. Cela reste un ajustement de bon sens, mais il se discute désormais ouvertement au lieu de se subir.

Il faut cependant nommer une condition sans laquelle rien de tout cela n’arrive : ces effets ne tiennent que si le sujet revient. Un atelier isolé produit trois semaines de conversations animées, puis plus rien. Les collectifs où cela prend racine sont ceux qui reparlent de leurs différences à l’occasion d’un projet difficile, comme le fait un accompagnement d’équipe inscrit dans la durée, plutôt que ceux qui ont coché la case une fois.

Ce que cela apporte à celui qui encadre

Pour un responsable d’équipe, l’intérêt est plus direct encore, et il se joue sur trois terrains.

La délégation d’abord. Beaucoup d’encadrants délèguent comme ils aimeraient qu’on leur délègue, ce qui fonctionne avec la moitié de l’équipe et échoue avec l’autre. Un même dossier confié avec une consigne d’objectif à l’un et avec un cadrage détaillé à l’autre ne donne pas les mêmes résultats, et savoir qui a besoin de quoi évite de conclure trop vite à un manque d’autonomie ou à un excès de contrôle.

L’entretien individuel ensuite. Annoncer une nouvelle difficile, recadrer, reconnaître un travail : chacune de ces situations se joue sur la forme autant que sur le fond. Une personne qui a besoin de comprendre le pourquoi avant d’entendre la décision n’écoute plus si la décision arrive en premier ; une autre trouve insupportable qu’on tourne autour. Ce n’est pas de la psychologie appliquée, c’est de l’attention à l’ordre des phrases, et cela fait partie de ce que l’on attend concrètement d’un encadrant.

La lecture des tensions enfin. Un désaccord de fond se traite par l’arbitrage ; un désaccord de forme entre deux manières de travailler se traite autrement, et les confondre aggrave les deux. Disposer d’une grille, même imparfaite, aide à savoir à quel type de problème on a affaire avant d’y répondre.

Le coût réel, qui n’est pas seulement financier

Le prix du questionnaire lui-même est la partie visible, et la moins importante. Les coûts qui décident de la réussite sont ailleurs.

Il y a le temps des personnes : celui de la passation, celui de l’entretien de restitution, celui de l’atelier collectif s’il y en a un. Multiplié par la taille d’une équipe, ce temps représente un engagement sérieux, et le réduire pour tenir un budget revient à supprimer ce qui produit l’effet.

Il y a l’intervention d’un professionnel formé. C’est le poste que l’on cherche systématiquement à économiser, en distribuant un questionnaire en ligne et en envoyant les rapports par messagerie. Le résultat est connu : des profils lus seuls, mal compris, et un effet d’étiquetage sans aucun bénéfice en face.

Il y a enfin le coût le moins anticipé : celui de la suite. Une démarche de ce type ouvre des conversations qu’il faut tenir. Si une équipe met des mots sur ce qui coince et que rien ne change dans son organisation, l’exercice se retourne — on a fait parler les gens pour rien, et la prochaine initiative sera accueillie avec ironie. Une journée consacrée à la cohésion produit exactement le même effet quand elle n’est suivie d’aucune décision, et c’est un point commun de toutes les démarches collectives de ce genre.

Un bénéfice réel, mais impossible à chiffrer

Une objection revient chaque fois qu’un budget est en jeu : qu’est-ce que cette dépense rapporte ? La réponse honnête est qu’on ne sait pas la chiffrer, et qu’une présentation prétendant le contraire mérite d’être regardée avec méfiance. Les effets attendus — moins de malentendus, des discussions qui s’enlisent moins — se produisent dans un environnement où cent autres choses bougent en même temps, et les isoler est hors de portée.

Cela ne signifie pas qu’il n’y a rien à observer. Quelques signes se repèrent sans instrument de mesure. Les reproches formulés en termes de personne cèdent la place à des demandes formulées en termes de fonctionnement. Les sujets qui tournaient en boucle dans les couloirs reviennent en réunion. Un désaccord se dit devant l’intéressé plutôt que dans son dos. Personne ne mettra de chiffre là-dessus, et pourtant une équipe sait parfaitement dire si cela s’est produit ou non.

Il faut donc accepter de décider sans démonstration comptable, ce qui est le cas de la plupart des dépenses consacrées aux personnes. Le critère raisonnable n’est alors pas le rendement attendu mais la proportion : l’effort engagé doit rester cohérent avec l’ampleur du problème. Mobiliser une équipe entière deux jours durant pour un agacement passager est disproportionné ; y consacrer le même temps quand un collectif se délite depuis des mois ne l’est pas.

L’étiquette qui finit par coller

Voici la dérive la plus fréquente, et elle ne demande aucune mauvaise intention pour s’installer. Un profil est un instantané pris dans un contexte donné, à partir de déclarations. Quelques semaines plus tard, il est devenu une propriété permanente de la personne, citée en son absence : on ne va pas lui confier ce dossier, ce n’est pas son profil.

Le mécanisme est celui de toutes les étiquettes. Une fois posée, elle oriente ce que l’on remarque. Chaque fois que la personne se comporte conformément à sa case, le fait est enregistré comme une confirmation ; chaque fois qu’elle s’en écarte, l’exception est traitée comme un détail sans importance, voire comme un effort méritoire mais anormal. La case se renforce ainsi toute seule, y compris quand elle était fausse au départ.

Les conséquences se voient à moyen terme. Des missions qui ne sont plus proposées. Des personnes qui n’essaient plus, parce qu’elles ont intégré ce qu’on attend d’elles. Des équipes où chacun tient son rôle assigné avec une docilité qui ressemble à de la cohésion et qui n’en est pas.

La parade n’est pas compliquée à énoncer, seulement exigeante à tenir : le profil décrit ce que quelqu’un fait spontanément, jamais ce dont il est capable. Toute phrase qui commence par « il ne peut pas » ou « ce n’est pas fait pour elle » sort du domaine de validité de l’outil.

Le profil comme excuse

L’autre dérive est plus discrète parce qu’elle vient de la personne elle-même, et non de son entourage. Elle tient dans une formule : je suis comme ça.

Un questionnaire remis à quelqu’un qui n’a pas envie de bouger fournit une justification élégante. Les retards deviennent une caractéristique assumée, la brutalité en réunion devient de la franchise, le refus d’écouter devient de l’orientation résultat. Ce qui était un comportement modifiable se transforme en donnée de nature, et la discussion se ferme : on ne discute pas ce qu’une personne est.

C’est l’exact renversement de ce à quoi l’outil servait. Décrire une préférence, c’est décrire un point de départ et un coût — ce qui est plus facile pour soi, et ce qui demande davantage d’effort. En faire une identité fixe, c’est convertir un effort en impossibilité.

Un encadrant confronté à cet usage n’a pas besoin de contester le profil, ce qui serait un mauvais terrain. Il lui suffit de ramener la conversation sur le comportement attendu et sur l’effet produit sur les autres, qui ne dépend ni des lettres ni des couleurs. Le travail d’ajustement dont il est question ici ne relève d’ailleurs pas du questionnaire mais de la pratique quotidienne, et il s’acquiert comme le reste du métier d’encadrant : en situation, avec des retours francs.

Trier, classer, départager

La dérive la plus lourde de conséquences est l’usage sélectif. Elle prend plusieurs formes, du recrutement à la constitution d’une équipe projet, en passant par l’identification de hauts potentiels.

Le point de fait est pourtant clair, et il figure dans la documentation des outils sérieux eux-mêmes : ces questionnaires ne sont pas construits pour départager des personnes et ne prédisent pas la réussite dans un poste. Leur emploi comme filtre repose donc sur une confusion, entretenue par le fait qu’un profil produit un document d’apparence technique, facile à joindre à un dossier.

Trois raisons rendent cet usage indéfendable. La première tient au contexte de réponse : un candidat qui sait que son avenir dépend de ses réponses ne décrit pas sa manière de fonctionner, il construit celle qui convient. La seconde tient à la nature de ces outils, qui décrivent des préférences et non des compétences ; rien n’autorise à en déduire une performance. La troisième est d’équité : écarter quelqu’un sur la base d’un questionnaire déclaratif, sans qu’il puisse en discuter les conclusions, revient à motiver une décision par un document que l’intéressé n’a pas le moyen de contester.

La variante interne est plus insidieuse encore : composer une équipe projet « équilibrée » en distribuant les profils comme des cartes. Cela paraît rationnel et cela ne l’est pas. Les équipes fonctionnent d’abord sur les compétences réelles, la clarté du mandat et la qualité des relations, trois choses qu’aucun profil ne mesure.

Où penche la balance

Reste à trancher, puisque la question mérite une réponse et pas un équilibre de façade.

Un questionnaire de personnalité vaut le coût dans trois situations. Quand une équipe constituée rencontre des frictions de fonctionnement et que chacun accepte de regarder sa propre part : l’outil donne le vocabulaire qui manquait. Quand une personne prend des responsabilités d’encadrement et doit sortir de son mode naturel : il rend visible ce qu’elle faisait sans y penser. Quand un parcours professionnel est en question et que la démarche est volontaire : il alimente une réflexion qui ne se limite pas à lui.

Il ne les vaut pas dans quatre cas, et la liste est nette. Pour décider d’une embauche ou écarter un candidat. Pour attribuer ou refuser une promotion. Pour remplacer une conversation difficile qu’un responsable ne veut pas avoir — aucun profil ne dira à sa place ce qui ne va pas. Et pour occuper une journée de séminaire sans qu’aucune suite ne soit prévue, ce qui est la façon la plus courante de gâcher un outil correct.

Trois conditions font la différence entre les deux colonnes, et elles ne dépendent pas du modèle retenu : la participation est volontaire, chaque profil est restitué et discuté avec la personne concernée, et rien de ce qui en sort n’alimente une décision prise à son sujet. Quand ces trois conditions tiennent, la balance penche du bon côté avec des outils très ordinaires. Quand l’une manque, le meilleur questionnaire du monde ne rattrape rien — et le choix du modèle, sur lequel les différentes familles d’outils se distinguent nettement, devient un détail secondaire.

FAQ

Un test de personnalité peut-il servir à recruter ?

Non, et les concepteurs des outils sérieux l’écrivent eux-mêmes. Ces questionnaires décrivent des préférences déclarées, pas des compétences, et ils ne prédisent pas la réussite dans un poste. En situation de candidature, les réponses sont en outre orientées par l’enjeu, ce qui ôte au résultat le peu de valeur qu’il aurait pu avoir.

Faut-il le proposer à toute l’équipe ou à quelques personnes ?

À tous ou à personne. Un dispositif réservé à une partie du collectif crée immédiatement deux catégories et alimente les soupçons sur ce qui sera fait des résultats. En revanche, la participation doit rester volontaire, et un refus ne doit entraîner aucune conséquence.

Qu’est-ce que cela coûte réellement à une entreprise ?

Les postes de dépense sont le questionnaire, le temps de passation, les entretiens individuels de restitution, l’atelier collectif éventuel et l’intervention d’un professionnel formé. Le dernier poste est celui que l’on supprime en premier, et c’est celui qui conditionne tout le reste.

Un questionnaire suffit-il à régler un conflit dans une équipe ?

Non. Il aide quand le conflit porte sur des manières de travailler qui s’entrechoquent. Il est inopérant, voire nuisible, quand le conflit porte sur des enjeux réels — une répartition de moyens, une injustice, un comportement inacceptable. Traiter un problème de fond comme une incompatibilité de profils revient à le rendre invisible.

Comment éviter que les profils deviennent des étiquettes ?

En interdisant dès la restitution les formules qui figent, en rappelant régulièrement qu’un profil décrit une tendance et non une limite, et en veillant à ce que personne ne se voie confisquer une mission au motif de son résultat. La vigilance doit porter sur le vocabulaire employé dans l’équipe plusieurs mois après l’atelier, car c’est là que l’étiquette s’installe.