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Votre personnalitéFaire le point sur sa façon de travailler

Faire le point · 5ᵉ balise sur 5 · révisé le · 8 min

Le bilan de compétences, et ce qu’il n’est pas

Un poteau indicateur émaillé portant plusieurs bras

Le bilan de compétences est probablement le dispositif d’accompagnement professionnel dont on parle le plus et qu’on décrit le moins bien. Beaucoup de pages en donnent les conditions d’accès, le financement et la durée réglementaire ; peu disent ce qui s’y passe réellement, ni à quelles questions il répond mieux qu’une conversation avec son responsable. Cette page s’en tient à cela : ce que contient un bilan, ce qu’il permet de trancher, ce qu’il ne règle pas, et comment reconnaître un accompagnement qui vaut le temps qu’on y passe.

Un point de vocabulaire, d’abord, parce qu’il évite un malentendu fréquent. Le bilan de compétences n’est pas un test. Il peut en contenir — questionnaires d’intérêts, inventaires de personnalité, épreuves de raisonnement — mais ces outils n’en sont que des pièces. Ce qui fait le bilan, c’est le travail conduit avec un professionnel sur une durée de plusieurs semaines, et la synthèse écrite qui en sort. Quelqu’un qui attend d’un bilan qu’il lui désigne un métier comme un test désigne un profil sera déçu, et c’est la déception la plus répandue.

À quelles questions un bilan répond réellement

Trois situations reviennent, et elles n’appellent pas le même travail.

La première est celle du doute sur la suite : rester, bouger à l’intérieur de l’entreprise, changer de métier. La personne ne manque pas d’options, elle manque d’un critère pour choisir entre elles. Le bilan sert alors à mettre à plat ce qui compte vraiment — l’autonomie, le contenu technique, le rythme, la reconnaissance, le lieu, le revenu — et à confronter chaque option à ces critères plutôt qu’à une intuition du moment.

La deuxième est celle du projet déjà formé, mais pas encore vérifié. Quelqu’un veut devenir formateur, reprendre un commerce, passer sur un métier de la donnée. Le bilan sert alors à éprouver le projet : ce que le métier demande réellement, ce qu’il paie, ce qui s’acquiert par la formation et ce qui s’acquiert seulement par l’exercice, et par où commencer sans tout quitter d’un coup.

La troisième est celle de l’après-coup : un licenciement, une fin de mission, un poste qui s’est vidé de sa substance après une réorganisation. Le bilan sert alors autant à reconstituer un inventaire honnête de ce qu’on sait faire qu’à préparer la suite. Cet inventaire est souvent la partie la plus utile, parce que personne ne tient à jour la liste de ses propres compétences, et que la mémoire qu’on en a est étonnamment courte.

Dans les trois cas, la question à laquelle un bilan répond n’est pas « quel métier est fait pour moi ». Elle est plus modeste et plus utile : qu’est-ce que je sais faire, qu’est-ce que je veux, et quelle est la première marche praticable.

Ce qui s’y passe concrètement

Un bilan se déroule en entretiens espacés, avec du travail personnel entre les séances. C’est cet étalement qui fait son intérêt : il laisse le temps de vérifier des choses à l’extérieur, de rencontrer des professionnels du métier visé, de laisser une idée refroidir avant d’y revenir. Un accompagnement condensé sur deux journées produit un document, pas une décision.

Le travail lui-même se répartit entre trois matières. L’inventaire : reprendre le parcours poste par poste, non pas comme un curriculum vitæ mais comme une liste de situations réellement tenues — ce qu’il a fallu apprendre, ce qui a été difficile, ce qui est venu naturellement. C’est là que se repèrent les compétences transférables, celles qui suivent la personne d’un secteur à l’autre. Les préférences : ce qui donne de l’élan et ce qui coûte, ce qui relève du goût durable et ce qui n’était qu’une réaction à un contexte précis. Les outils de type inventaire de personnalité interviennent surtout ici, et il est bon de savoir ce qu’un questionnaire de ce genre mesure et ne mesure pas avant de lui prêter plus d’autorité qu’il n’en a. Enfin la confrontation au réel : chercher les offres, les rencontrer, chiffrer, mesurer l’écart entre le projet et ce que le marché propose.

La synthèse écrite remise à la fin appartient à la personne accompagnée, et à elle seule. Elle n’est transmise à l’employeur que si la personne le décide. Ce point est simple, il est souvent mal connu, et il change la façon dont on se permet de parler pendant les séances.

Le détail de l’enchaînement — nombre de séances, contenu de chaque phase, forme de la restitution — mérite une page à lui seul : comment un bilan se déroule d’une séance à l’autre y est décrit pas à pas.

Ce qu’un bilan ne règle pas

Il ne fabrique pas de vocation. Une partie des personnes qui entrent dans un bilan en espérant en ressortir avec une évidence en ressortent avec deux ou trois pistes tenables et un ordre pour les essayer. C’est un bon résultat, mais ce n’est pas ce qui avait été espéré, et il vaut mieux le savoir en entrant.

Il ne remplace pas une décision. Le professionnel qui accompagne n’a pas à dire quoi faire, et celui qui le fait sort de son rôle. Le bilan éclaire un choix ; il ne le prend pas.

Il ne répare pas une situation de travail dégradée. Un conflit avec un responsable, une charge devenue intenable, un poste vidé de son sens après une réorganisation : ces sujets se traitent là où ils se produisent. Un bilan peut aider à décider de partir, il ne soigne pas ce qu’on quitte — et parfois, ce qui manque n’est pas un autre métier mais un cadre de travail différent dans le même métier, ce qui ne relève pas d’un projet de reconversion.

Il ne garantit enfin aucune issue. Un projet peut se révéler infaisable à l’échéance voulue, et le reconnaître fait partie du travail. Un accompagnement qui ne referme jamais aucune porte n’accompagne pas grand-chose.

Qui peut en faire un, et comment il se finance

Le bilan de compétences est un dispositif encadré en France. Il s’adresse aux salariés du privé comme du public et aux demandeurs d’emploi, et il se finance principalement de trois façons : par le compte personnel de formation de la personne, par l’employeur dans le cadre de son plan de développement des compétences, ou par un opérateur du service public de l’emploi pour les personnes qui en relèvent.

Les conditions précises — ancienneté requise selon le contrat, délai entre deux bilans, montant pris en charge, démarches à accomplir — changent régulièrement, et les pages qui les recopient les unes des autres véhiculent longtemps des chiffres périmés. La seule information fiable est celle du financeur au moment de la demande : le service public de la formation professionnelle, l’organisme qui gère le compte personnel de formation, ou le service des ressources humaines de l’entreprise. Il vaut mieux poser la question une fois qu’avancer sur une règle qui n’a plus cours.

Deux points sont en revanche stables et méritent d’être connus. Un bilan demandé par l’employeur ne peut pas être imposé : le refus du salarié n’est pas une faute. Et lorsque le bilan se déroule sur le temps de travail, ce temps est du temps de travail.

La question du prix, elle, se pose à peu près systématiquement, et elle n’a pas de réponse unique : ce qui fait varier le coût d’un bilan tient surtout au format, à la durée et au degré de personnalisation.

Reconnaître un accompagnement sérieux

Quelques signes se repèrent avant de s’engager, et ils portent moins sur le label affiché que sur la façon de travailler.

Le premier entretien est un vrai entretien, pas un argumentaire. Un professionnel qui commence par demander ce qui amène là, et qui accepte de dire qu’un bilan n’est peut-être pas l’outil adapté, en dit plus long qu’une plaquette.

Le déroulé est écrit avant de commencer : nombre de séances, durée, ce qui est attendu entre deux, ce qui sera remis à la fin. Un accompagnement qui reste vague sur son propre programme le restera sur le reste.

Les outils utilisés sont nommés, et le professionnel explique ce que chacun mesure. Un questionnaire de personnalité présenté comme un révélateur de métier est un mauvais signe ; le même questionnaire présenté comme un appui à la conversation, un bon.

La restitution est écrite et discutée, pas seulement remise. Un document de synthèse qu’on découvre seul chez soi, sans séance pour le reprendre, perd la moitié de son intérêt.

Enfin, le professionnel sait dire ce qu’il ne fait pas. L’accompagnement d’une reconversion, celui d’un dirigeant, le soutien psychologique et la recherche d’emploi sont des métiers différents, et les confondre est le premier signe d’un accompagnement qui promet trop. Un accompagnement d’un autre ordre — plus collectif, ou centré sur la fonction plutôt que sur le parcours — porte un autre nom et suit d’autres règles ; mieux vaut le demander explicitement que de l’attendre d’un bilan.

Reste le piège le plus courant, qui n’est pas le choix du prestataire mais la façon d’aborder le bilan : arriver en attendant une réponse plutôt qu’en apportant des questions. Les erreurs qui abîment le plus souvent un bilan tiennent presque toutes à cette posture-là.

FAQ

Un bilan de compétences donne-t-il un métier à suivre ?

Non. Il produit un inventaire de ce qu’on sait faire, une clarification de ce qu’on cherche, et deux ou trois pistes éprouvées, classées par ordre de faisabilité. Attendre une réponse unique conduit à la déception la plus fréquente du dispositif.

L’employeur a-t-il accès aux résultats ?

Le document de synthèse appartient à la personne accompagnée. Il n’est transmis à l’employeur que si elle le décide, y compris lorsque le bilan a été financé par l’entreprise.

Combien de temps dure un bilan de compétences ?

Il se déroule en plusieurs entretiens étalés sur quelques semaines, avec du travail personnel entre les séances. C’est cet étalement qui fait son intérêt : un format condensé sur un ou deux jours produit un document, rarement une décision.

Un bilan peut-il être imposé par l’entreprise ?

Non. Lorsqu’il est proposé par l’employeur, il suppose l’accord de la personne concernée, et un refus ne constitue pas une faute.

Faut-il déjà avoir un projet avant de commencer ?

Ce n’est pas nécessaire, et les deux cas se traitent différemment. Sans projet, le travail commence par l’inventaire et les préférences. Avec un projet déjà formé, il commence par sa vérification : ce que le métier demande, ce qu’il paie, et par où l’aborder.